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Un Maïs Géant Pour Faire Du Méthane
La méthanisation à la ferme n’a rien de sorcier, encore faut-il assurer la viabilité des projets. Une question en passe d’être réglée. En la matière, maïs et lisier font bon ménage et de nouvelles variétés spécialement conçues pour la méthanisation se préparent.
Les éleveurs disposent de deux richesses : le maïs et le lisier. Tout ce qu’il faut pour produire de l’électricité à revendre à EDF et diversifier les revenus. Seules trois installations agricoles tournent actuellement en France, mais le décret du 26 juillet dernier faisant passer le tarif de rachat de l’électricité à 14 ct du KWh (soit près du double du tarif précédemment en vigueur) pourrait bien signer l’acte de naissance d’une nouvelle activité. Concrètement, un méthaniseur n’est qu’une grande cuve où les produits sont chauffés et ensemencés avec des bactéries. Rien de plus qu’un estomac de ruminant artificiel avec une génératrice électrique au bout. Après une vingtaine de jours de digestion, l’éleveur récupère donc du méthane, mais aussi du dioxyde de carbone, de la matière solide riche en matières organiques et prête à être compostée et un liquide riche en ammoniac. Pour 3 kWh de combustible, il est possible de récupérer 1KWh d’électricité revendu à EDF et 1KWh de chaleur à utiliser sur la ferme, les serres ou le domicile.
VARIÉTÉS PÉRUVIENNES
Pour assurer la continuité de l’approvisionnement du digesteur, l’ensilage de maïs est parfait. Sur le salon du maïs fourrage, organisé à la fin août près de Rennes, Arvalis faisait aussi la démonstration de variétés spécialement conçues pour produire du méthane. C’est d’Allemagne que vient l’exemple : là bas, le méthane de maïs fourrage représente déjà 10% des surfaces dédiées aux cultures énergétiques. Et faute de lisier en quantités suffisantes, ce sont les cultures qui assurent le développement de la filière. Les chercheurs d’Arvalis ont donc croisé des variétés tardives du Pérou avec nos variétés européennes. Résultat, ces plantes habituées aux rudes conditions des Andes explosent littéralement sous nos latitudes. Objectif : 20 à 30 T de matière sèche par hectare. Mais attention, il s’agit bien de cultures dédiées à la production de méthane : « Biogaz et alimentation animale ne sont pas conciliables : l’un doit être riche en amidon, l’autre riche en la cellulose », résume Joël Thierry chez Arvalis. Résultat, des épis un rien chétifs, mais des plantes au gabarit impressionnant. Dans la même optique de production, Arvalis a ressorti de ses placards un maïs à faible teneur en lignine. Oublié en raison de ses piètres performances fourragères, il trouve une nouvelle vie en production énergétique. Les super plants péruviens semblent néanmoins sensibles au stress hydrique et l’institut ne leur voit pas d’avenir au Sud d’une ligne s’étendant de la Bretagne aux Ardennes. « En Bretagne, le maïs énergétique peut recycler l’azote. C’est un point important qui rend le bilan énergétique très positif », assure Joël Thierry.
UN CRÉDIT CARBONE POUR LA FIN DE L’ANNÉE ?
A l’occasion du salon Innovagri organisé dans le Loiret début septembre, Alexia Lesuer, spécialiste du crédit carbone à la Caisse des dépôts, était invitée à s’exprimer sur le sujet : « Les pouvoirs publics réfléchissent actuellement à un appel à projet lancé avant la fin de l’année », révèle-t-elle. Biomasse thermique et méthanisation semblent en première ligne pour répondre à l’appel, mais les projets devront atteindre une taille critique pour être pris en considération. Il est encore trop tôt pour connaître la valeur que les pouvoirs publics attribueront à une tonne de CO2 économisée. A suivre…
Benjamin Masson
Mis en ligne le 02-10-2006 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°23 |
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