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Décryptage
CHAMPAGNE-ARDENNE / PICARDIE

La Vinasse De Betterave Devient Une Énergie


Le groupe sucrier Tereos, la société marnaise Finaxo et le Centre de valorisation des glucides de Dury (Somme) viennent d’ouvrir une nouvelle voie : celle de la valorisation énergétique des vinasses issues de la distillation de la betterave. Un process, fruit des travaux du pôle de compétitivité Industries et agro-ressources (IAR) de Picardie- Champagne-Ardenne, qui pourrait être étendu à d’autres déchets comme le lisier ou les pneus.


Couvé depuis plusieurs années au sein du pôle IAR, le projet Pyrobio Energy + a finalement vu le jour. Il s’agit d’une nouvelle technique de pyrogazéification rapide qui transforme en source d’énergie les résidus issus de la distillation des betteraves, les vinasses. Un procédé mis au point par la société Finaxo, spécialiste du traitement des eaux et des déchets installé dans la Marne. Le principe repose sur une décomposition thermochimique ultra rapide de la vinasse, assurée par un four doté de microbilles d’acier surchauffées. Le transfert très rapide de la chaleur permis par les microbilles assure la décomposition totale du végétal, avec un bon rendement thermique. À l’arrivée, le procédé génère un peu de coke fournissant une partie de l’énergie consommée par la machine, de la potasse concentrée et du gaz de pyrolyse. La potasse concentrée – environ 20 % de la biomasse incorporée – est un résidu précieux pour l’épandage agricole. De plus, comme il s’agit de matière déshydratée, le tonnage de ce nouvel engrais diminue de 80 %, ce qui constitue un nouvel avantage en matière d’économie de transport, en comparaison avec la simple vinasse.


DU GAZ AU LIEU DU FIOUL


Autre atout considérable de cette technique, 80 % de la matière organique se transforme en gaz, que l’on peut substituer au fioul utilisé pour la distillation. Près de trois m3 de gaz issu de la pyrolyse sont produits par heure. Le premier pilote Pyrobio Energy + a été testé dans les locaux du Centre de valorisation des glucides. Une seconde unité pilote sera installée courant 2007 par Tereos, partenaire du projet, dans sa distillerie d’Origny Sainte-Benoîte (Aisne), pour valider industriellement la partie mécanique du pilote. Cette unité industrielle aura une capacité de 225 kgW/h permettant de traiter 20 000 tonnes de vinasse par an. À terme, deux autres unités industrielles traiteront 25 000 tonnes de matière organique par an. Ce procédé adapté à d’autres coproduits des céréales ou, par exemple, à la canne à sucre est un atout de taille pour Tereos, leader dans la production d’éthanol en France, deuxième en Europe et troisième au Brésil. Le groupe sucrier a investi 4 millions d’euros sur deux ans dans le développement de ce process. « Avec ce programme, nous espérons économiser 20 à 30 % d’énergie dans notre usine d’Origny Sainte-Benoite », explique Philippe Roux, responsable du projet chez Tereos. Soit onze millions de tonnes de fuel représentant un coût de près de 2,5 millions d’euros par an. « Cela permettra également de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 35 000 tonnes équivalent CO2 chaque année », ajoute Philippe Roux.


LE SUCCÈS DE LA PYROLYSE


Ce procédé unique en terme de pyrolyse est une première mondiale. « Il améliore le bilan environnemental et énergétique du traitement de la matière organique dans la fabrication de l’éthanol en valorisant les coproduits. Il valorise la biomasse à 100 % », explique François Hustache, directeur technique à Finaxo. Nouvelle solution technologique en matière d’énergies renouvelables et d’économie de CO2, la technique pourraît aussi être étendue. À l’issue de ces premiers essais, d’autres matières devraient être testées au Centre de valorisation des glucides de Dury : les farines animales, le lisier, l’amidon, les coupes de bois de champagne voire les pneus. « Toute matière organique peut bénéficier de cette valorisation énergétique » estime François Hustache. « Si ce nouveau procédé permet de traiter toute matière organique provenant des industries agroalimentaires, des abattoirs ou des déchets divers organique, il pourra aussi pyrolyser la glycérine, coproduit largement excédentaire issu de la fabrication de biodiesel, qui sera une nouvelle énergie renouvelable favorisant le développement des biocarburants », assure Pascal Colignon, le président de Finaxo.


Fadéla Benabadji





Mis en ligne le 23-04-2007 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°35   
 
 
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Récupération du gaz pyrolysé.



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Le nouvel engrais renouvelable.


 
LA CHIMIE SOUS MICRO-ONDES

Le projet Synthons, mené en partenariat avec le pôle de compétitivité Axelera à Lyon (Chimie et environnement), est un projet pionnier en Europe dans le concept de raffinerie végétale. Il valorise la biomasse avant une seconde transformation pour des marchés ciblés. Présenté par Florence Pilard, directrice du laboratoire des glucides à l’université Jules Verne d’Amiens, ce procédé repose sur « le principe de chimie sous micro-ondes par cuisson- extrusion réactive. La molécule est issue du glucose par extrusion. Il ouvre des voies infinies de développement puisque 75 % de la biomasse est constituée de glucides. » Et les sources de polysaccharides (ou sucre) sont multiples ! Il faut trouver des substituts sur des produits grand public. L’enjeu est donc de taille pour Florence Pilard qui affirme que « d’ici 2025, 25 % de la chimie de synthèse se fera à partir de la chimie verte. L’objectif de la France est d’utiliser 15 % de la biomasse pour réaliser ces synthèses. » Synthons devrait donc permettre de trouver des molécules adaptées à de nouvelles fonctionnalités, grâce à de nouvelles voies de synthèse, qui produiront de nouvelles sources de matière première de biomasse.


   
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