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Décryptage
Biocarburants Pas Si « Bio » Que Ça ?


Le 9 octobre dernier, deux ministres, un ancien coureur automobile et le pdg de Total célèbraient le lancement de la première des 500 « pompes vertes » que comptera la France en 2007. Accueilli en star au Mondial de l’automobile, le bioéthanol était aussi annoncé avec un soutien fiscal, afin de ne pas dépasser le prix d’achat de 0,80 euros par litre. Grâce à de nouveaux agréments de production, la filière des biocarburants de première génération était lancée...


Seul hic devant le satisfecit général, la question de la rémunération de l’agriculteur, producteur de biocarburants. Réponse aux intéressés : la pression sur la demande, la concurrence entre production alimentaire et production énergétique devraient permettre un relèvement des prix. Pour l’aspect économique, les cours diront donc si les agriculteurs trouveront un intérêt dans les biocarburants... Reste une autre question demeurée plutôt discrète. Présentés comme écologiques, les biocarburants ont-ils un réel impact positif en terme d’environnement ? Le sujet est d’importance. La France vient de se faire à nouveau taper sur les doigts par Bruxelles. Afin d’éviter un blâme, le gouvernement a retiré in extremis, fin novembre, son plan d’émission de dioxyde de carbone (CO2) pour la période 2008-2012. La Commission européenne fait pression sur la France pour qu’elle donne des objectifs plus ambitieux aux industriels en matière de réduction des émissions. De son côté, le gouvernement met en avant l’importance des efforts déjà consentis par l’industrie et le coût économique de nouveaux engagements de réduction. Il a néanmoins sorti un lapin de son chapeau pour calmer les ardeurs de Bruxelles : l’État va racheter dès cette année, à un prix fixé d’avance, les tonnes de CO2 que les petits pollueurs pourraient éviter d’émettre (en agriculture, chauffage urbain, transports routiers...). C'est une bonne nouvelle, mais une goutte dans un verre d’eau, dénoncent en substance les associations qui luttent contre le réchauffement climatique.


DES BILANS DIVERGENTS


Pas de nouvelles réglementations sur les émissions domestiques, pas de restrictions drastiques des émissions de l’industrie... Les biocarburants seraient-ils ainsi placés dans le peloton de tête de la course française vers moins de CO2 ? Et surtout sont-ils en mesure de changer sensiblement la donne ? C’est précisément sur ce point que les avis divergent. Le bilan environnemental des biocarburants présenté par le gouvernement se base sur une étude réalisée en 2002 par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et le ministère de l’Industrie (Direm) avec le concours du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers. Or cette étude a été « tempérée », selon ses propres termes, par l’Institut national de la recherche agronomique dans une étude rendue publique il y a un an. « La production de biocarburants requiert une consommation d’énergie fossile tout au long de la chaîne de production. Il est donc indispensable de vérifier si les biocarburants vont bien entraîner une économie d’énergie fossile lorsqu’ils vont remplacer les carburants fossiles », explique-t-on à l’Institut. Cependant, estime encore l’Inra, « les bilans énergétiques qui permettent de faire cette vérification sont difficiles à réaliser, car en même temps que ces biocarburants des co-produits sont obtenus, utilisés soit en alimentation animale (drèche de blé, tourteau de colza), soit en industrie ». Dans le cas de l’étude conduite par l’Ademe- Direm, le bilan a été fait en affectant de manière forfaitaire une certaine quantité d’énergie fossile consommée par la filière aux co-produits, selon la règle d’une répartition des énergies fossiles au prorata des quantités produites entre biocarburants et co-produits. « Cette énergie affectée aux co-produits vient en déduction de l’énergie affectée aux biocarburants, ce qui améliore d’autant le bilan énergétique de ces derniers », relève l’Inra. Or, l’Institut estime que « la seule méthode satisfaisante est une approche systémique consistant à affecter aux co-produits l’énergie fossile nécessaire pour produire les biens que ces co-produits remplacent », comme du tourteau de colza provenant de la filère biocarburants en place du tourteau de soja importé pour alimenter les animaux. Cette méthode systémique a été adoptée par une étude conduite par l’UE (Eucar/Concawe/JRC) en 2004.


REMPLACEMENT OU COMPLÉMENT ?


Selon cette étude, rapporte l’Inra, « la contribution des biocarburants aux économies de pétrole est faible (de l’ordre de 1,5 à 2 millions de tonnes équivalent pétrole – Mtep – en 2010), sachant qu’en 2004, l’agriculture a consommé 2,9 Mtep d’énergie finale et la France 92,8 Mtep de pétrole ». Si le bilan énergétique des biocarburants reste positif quelle que soit la méthode de calcul, le gain diffère fortement d’une méthode à l’autre. La méthode systémique, par rapport à la méthode adoptée par l’Ademe-Direm, réduit de 73 % le rendement énergétique annoncé de l’éthanol de betterave et de 82 % celui de l’éthanol de blé (étude Eucar/Concawe/ JRC). Autre grief fait aux biocarburants, le coût du soutien fiscal dont ils bénéficient. Le Réseau action climat (Rac), fédération d’associations qui participe à titre d’observateur aux négociations du protocole de Kyoto, cite un rapport de 2005 du Conseil général des mines, de l’Inspection générale des finances et du Conseil général du génie rural. Selon ce rapport, « il apparaît que l’effort budgétaire de l’État, au seul titre de la défiscalisation, est équivalent à un prix de 110 euros la tonne de CO2 évitée pour l’EMHV (diester) et 330 euros pour l’éthanol incorporé en direct dans l’essence ! », rapporte le Rac. Trop cher selon le réseau, qui estime que « les biocarburants ne peuvent constituer une solution miracle de remplacement des carburants issus du pétrole », mais doivent être envisagés « comme un complément à une politique globale de réduction des émissions des transports, qui doit, elle aussi, être soutenue fortement par l’État ». Les biocarburants de première génération que la France s’apprête à accueillir pourraient donc être moins « bio » que prévu. Mais, malgré ces mises au point, « la première génération est un grand pas, indispensable pour pouvoir lancer la seconde », tranche Stéphane Cadoux, ingénieur spécialiste des agro-ressources au sein de l’Inra de Grignon. La suite devrait valoriser l’ensemble de la plante, dopant de fait son rendement énergétique.


Laurent Berneron





Mis en ligne le 27-12-2006 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°28   
 
 
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