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Cultures
PHOSPHORE, POTASSIUM

Impasse, Impair Et Manque ?


Depuis près de vingt ans, les volumes de phosphore et de potassium ne cessent de reculer sur le territoire français sans que les rendements en soient impactés. Record cette année avec les volumes les plus faibles depuis un siècle. Techniquement, cette option pourrait pourtant être positive.


Rien ne va plus. « En phosphates, nous sommes revenus aux volumes que nous connaissions en 1905. Nous ne sommes plus dans le raisonnement, mais dans l’impasse généralisée », s’inquiète Gilles Poidevin, délégué général de l’Unifa. Côté potassium, le constat est le même, ou presque pour cette campagne placée sous le signe de la crise. Pour ces deux éléments, la tendance des vingt dernières années révèle clairement une baisse structurelle, mais cette année, la courbe touche le fond avec une moyenne inférieure à 15 kg/ha fertilisable pour le K2O comme le P2O5. La dernière baisse d’une telle violence remonte à la campagne 91-92, elle aussi marquée par l’incertitude face à l’avenir. La cause du décrochage cette année ? Tout le monde la connaît : l’économie ; bien avant l’agronomie. Encore que l’un n’exclut pas l’autre.


Trésor de guerre


« Je pense que le mouvement de cette année met les agriculteurs sur la bonne voie, même si elle est empruntée par la force des choses », lance Pierre Castillon, spécialiste de la fertilisation chez Arvalis-Institut du végétal et participant au Comifer (Comité français d’études et de développement de la fertilisation raisonnée). « Cela n’aura strictement aucune conséquence sur les productions à venir. Nous vivons sur de telles réserves que des impasses peuvent se prolonger sur cinq, dix ou vingt ans. Au-delà, il faudra revenir à un enrichissement, mais à petites doses et de manière systématique », prévient- il.
Après cinquante ans d’apports massifs en PK, les agriculteurs se considèrent désormais assis sur une réserve confortable et lorsque vient le moment de serrer les vis, ce sont les premiers éléments à sortir de l’équation. Et le déclic intervenu sur la dernière campagne a une cause : l’effet ciseaux. « L’envolée du prix des céréales jusqu’en mars 2008 a entraîné les engrais dans son sillage. Mais lorsque les céréales ont chuté, les agriculteurs ont été pris dans l’effet ciseaux : les engrais ont baissé, mais avec six mois de décalage. Ensuite, les ventes ont été quasi nulles », analyse Philippe Eveillard, responsable agriculture, environnement et statistiques à l’Unifa. Depuis l’explosion de la bulle des engrais, les cours de l’azote, du phosphore et du potassium ont retrouvé leur niveau de 2006, lorsque le blé était à 115 euros. Mais il était trop tard et seul l’azote est préservé.


Exportations en baisse…


Une autre cause, plus insidieuse a sans doute joué dans l’esprit de bien des exploitants. Il y a deux ans, le Comifer revoyait l’ensemble de ses références en matière d’exportation de phosphore et de potassium par les plantes. Dans la quasi-totalité des cas, les exportations s’avèrent bien moins importantes que ce qu’établissaient les précédentes données de référence. Un exercice louable de la part des experts, mais qui a alimenté la suspicion sur le terrain. Des exportations, entre autres, découlent les volumes à apporter ; et si ces exportations étaient sur-évaluées, les volumes d’engrais achetés inutilement pendant des décennies peuvent rester en travers de la gorge. D’où un retour de bâton du terrain. « Nous travaillions sur des valeurs datant des années 60, lorsque les apports de P2O5 et K2O étaient de l’ordre de 200 kg/ha. Depuis, les productions ont augmenté et les apports diminué. En redéfinissant les valeurs des exportations à l’aide de données récentes, nous avons observé une baisse considérable des exportations. La principale explication est à chercher du côté de la génétique avec l’évolution du rapport entre la masse de grain et la masse de la plante. Il faut peut-être aussi y voir une évolution dans les pratiques de fertilisation ; les ventes de PK ayant été divisées par trois en vingt ans », explique Pierre Castillon. En moyenne, les exportations ont été revues à la baisse de 20 % pour le phosphore et de 10 % pour le potassium.


… Mais besoins encore flous


Mais le problème est hélas bien plus complexe : mesurer ce qui quitte la parcelle par l’intermédiaire du grain ou de la paille est une chose, déterminer les volumes à apporter pour que la plante se trouve à l’abri des carences en est une autre. Mais pour l’heure, la question ne semble se poser qu’à la marge. Pour Pierre Castillon, « 80 à 90 % des parcelles peuvent se passer de phosphore et de potassium pour de nombreuses années. D’autant que des espèces que l’on considérait très sensibles aux carences, comme la betterave, le sont moins que par le passé. C’est probablement le fait d’une évolution génétique non recherchée, mais bénéfique. Nous travaillons sur de nouveaux modes de raisonnement, mais ils ne seront réellement utiles que dans dix ans. Il nous faut revoir la disponibilité du phosphore et du potassium dans le sol en fonction de son effet tampon. C’est en cours pour le phosphore, nous avons des éléments pour le potassium mais nous avons des difficultés pour repasser au champ et valider les nouveaux indicateurs tellement nous avons de difficultés à trouver des parcelles où l’on puisse observer une réponse au potassium. »


L’avenir se dessine


Compte tenu de la polémique récurrente sur l’eutrophisation des cours d’eau, profiter de la crise pour appauvrir progressivement les sols en phosphore et repartir sur des bases saines dans une dizaine d’années semble donc être une bonne option selon Arvalis. Un enjeu sans doute plus important que celui des nitrates à l’échelle nationale auquel l’agriculture doit apporter sa pierre, même si les premiers émetteurs sont ailleurs : « Selon les données en ma possession, 75 % des transferts de phosphates dans les eaux sont d’origine domestique ou industrielle. L’agriculture représenterait 25 % des transferts ; elle doit cependant participer à la réduction. Le principal risque pour l’eutrophisation intervient au moment de la fertilisation, lorsque les granulés sont épandus. Que le sol soit riche ou pauvre joue fi nalement assez peu », assure Pierre Castillon. Si les agriculteurs peuvent réaliser des économies sur une dizaine d’années sans préjudice sur les rendements, tout en apportant leur pierre au problème de l’eutrophisation, pourquoi se priver ? D’ici à dix ans, les nouveaux indicateurs et outils de raisonnement seront prêts et diffusés. « Le plus préjudiciable serait de ne pas apporter les éléments lorsque la plante en aura besoin. La base reste l’analyse de sols, mais mieux vaut en interpréter les résultats soi-même », assure le spécialiste. Quant aux grandes stratégies de gestion de la fertilité de son sol, deux modèles perdureront ; l’un guidé par l’agronomie, l’autre par l’économie. Le choix dicté par la trésorerie voudrait que l’agriculteur refertilise son sol lorsque les finances le permettent. Celui de la raison agronomique consisterait à apporter le strict nécessaire chaque année ; mais une fois que les excédents des aïeux auront été épongés.


BENJAMIN MASSON





Mis en ligne le 10-12-2009 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°67   
 
 
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À SAVOIR

• Pour mieux choisir son amendement minéral basique, l’Unifa diffuse sur son site une méthode reposant sur le calcul d’un indice baptisé « indice de positionnement agronomique », ou IPA relativement simple à déterminer. En le recoupant avec le taux de saturation de la capacité d’échange cationique du sol que l’on recherche, un type d’amendement recommandé apparaît clairement. www. unifa.fr, rubrique fiches Ferti-pratiques.


• À fin septembre 2009 la bonne tenue du marché des engrais simples azotés et phosphatés se confirme. Les livraisons d’engrais composés et des simples potassiques accusent toujours un retard très important. Tous les secteurs de l’agriculture sont touchés en même temps par la crise et la répercussion sur l’achat d’engrais reste forte : par rapport à la même date l’année dernière, les volumes totaux de fertilisants reculent de 21%, recul particulièrement marqué pour le phosphore et le potassium.


 
Des bilans nettement défi citaires

Pour Philippe Eveillard, responsable environnement et statistiques à l’Unifa, le solde en phosphore marque une baisse particulièrement importante dans les régions céréalières avec des apports moyens proches du néant en moyenne des trois dernières campagnes pour le bassin parisien et inférieur à 15kg/ha en Picadie, dans le Centre et en Midi-Pyrénnées. Côté potassium, l’Unifa note un solde divisé par cinq en 20 ans et la banque nationale des analyses de terre montrerait un début de baisse dans les teneurs des sols entre 1990 et 2005.


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