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Coup de gueule
JEAN- JACQUES RENÉ

« Ce Qui Pollue, Ce N’Est Pas Notre Cheptel, C’Est Le Manque De Moyens »


En Bretagne, la colère gronde chez les deux mille agriculteurs concernés par les nouvelles mesures de l’État visant à réduire l’utilisation d’engrais azoté dans les sols. Jean-Jacques René, responsable environnement de la FDSEA 22, nous explique ce mouvement d'ire.


Pourquoi les agriculteurs de Côte d’Armor manifestent-ils ?


Le gouvernement a mis en place des mesures de restriction de la fertilisation des sols visant à réduire la pollution de l’eau, pour répondre aux exigences de Bruxelles. Depuis longtemps, les taux élevés de nitrates dans les cours d’eau bretons sont montrés du doigt. Neuf bassins sont concernés dont six se trouvent en Côte d’Armor. L’une des mesures prises passe la dose totale d’azote apporté aux cultures de 210 à 140 unités sur cinq bassins versants, et suspend les captages d’eau sur quatre autres bassins.


Quels problèmes pose cette nouvelle mesure ?


Pour parvenir à cette valeur, il nous faudrait réduire notre cheptel de 25 à 30 %. Pour y parvenir, le préfet a annoncé des préretraites et des reconversions. Mais nous ne sommes pas prêts à abandonner nos exploitations.


N’y aurait-il pas d’autres solutions ?


Les surfaces ne sont pas extensibles, or, pour obtenir 140 unités d’azote, il faudrait répartir le cheptel sur plus de terres. Beaucoup de petites et moyennes entreprises ne pourront pas, et sont donc vouées à la faillite.


Mais la décision prise par le gouvernement n’est-elle pas indispensable ?


Lorsque des mesures sont adoptées, il faut qu’elles allient économie, écologie et reconquête de la qualité de l’eau. Celle-ci ne tient pas compte des critères humains, va détruire l’économie d’une région et ne répond même pas au problème écologique posé, à savoir la qualité de l’eau ! D’autres solutions seraient bien plus adaptées. On pourrait envisager des aménagements de zones tampons, de talus, de détournement de fossés, de zones humides et de fonds de vallée…


Serait-ce suffisant ?


Je pense qu’il faudra aussi aider financièrement les petites et moyennes exploitations à se mettre aux normes. Leur permettre par exemple de construire des stations de traitement. Tous ces agriculteurs polluent encore par manque d’argent et non de volonté ! Ces dernières années, nous avons déjà fait énormément de progrès en matière écologique. Mais maintenant, il faudrait un coup de pouce financier pour aider à continuer dans ce sens, plutôt que casser la dynamique de la région ! Ce qui pollue ce n’est pas notre cheptel, c’est le manque de moyens !


Pensez-vous avoir été entendus dans vos revendications grâce à vos manifestations ?


Nous sommes écoutés. Mais le problème est complexe. C’est Bruxelles qu’il faut convaincre ! Nous comptons sur la solidarité des agriculteurs pour faire perdurer le mouvement. Car aujourd’hui, c’est notre versant qui est touché, mais demain d’autres seront mis en cause. Et les grandes cultures viendront après les exploitations d’élevage… Alors c’est aujourd’hui qu’il faut dire non !


Sophie Distel





Mis en ligne le 16-03-2007 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°33   
 
 
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