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LUC GUYAU, PRÉSIDENT DE LA FAO

Vous Avez Dit Convictions ?


Quand il est passé de la FNSEA à l’APCA, puis désormais en occupant la présidence de la FAO, Luc Guyau a incontestablement franchi un cap… Mais dans les deux cas, des questions se sont posées, ou se posent, sur ses convictions, qui semblent s’effriter avec les honneurs de la nouvelle fonction.


À l’âge de 16 ans, Luc Guyau tient, dans une foire agricole, un stand visant à expliquer ce qu’est la FAO… Nous sommes en 1965 ; 44 ans plus tard ce sont les mêmes explications (plus fouillées tout de même) qu’il donne sur la FAO, mais à un parterre de journalistes. Il ne s’agit plus de tenir un stand de foire, mais carrément la maison-mère ! L’ascension de Luc Guyau est fulgurante : il a gravi un à un tous les échelons jusqu’à cette présidence mondiale. Pour autant, à chaque marche franchie, il donne l’impression d’abandonner une partie de ses convictions. Quelle est la vérité sur cette destinée hors norme ?
Flash-back. Dès l’âge de huit ans, le jeune Luc Guyau sait qu’il deviendra agriculteur, et l’affirme haut et fort à ses parents. Il ne s’imagine pas alors siéger un jour dans un fauteuil au cuir bien rembourré représentatif d’une institution mondiale. Il est plus pragmatique. A l’heure où les enfants rêvent d’extravagances et de gloire, lui pense au métier. Et de fait, tout ce qu’il vivra ensuite suivra une logique rationnelle, il s’intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin l’agriculture, s’investit, va au-delà de sa propre production (un Gaec avec deux associés en élevage laitier en Vendée) en se syndiquant et en participant à un maximum d’actions. Son histoire, tout le monde en connaît les grandes lignes : président national des Jeunes Agriculteurs (on disait le CNJA à l’époque), puis président de la FNSEA, et enfin président de l’APCA, avec également une vice-présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE)… Mais de là à devenir président de l’institution de l’ONU en charge de l’alimentation et de l’agriculture sur la planète, il y avait un pas considérable, franchi en l’espace de six mois.


Juin 2009, le tournant


Juin 2009. Les élections européennes auraient dû voir Luc Guyau parmi les éligibles dans la liste UMP de la région Ouest. En tant que vice-président du conseil départemental de l’UMP de Vendée, il y était annoncé. Pourtant, son absence au dernier moment ne fait pas couler d’encre… On sait désormais pourquoi : c’est plus qu’une compensation que lui a réservé l’appareil, une promotion invraisemblable, de celles que l’on accorde à des personnes que l’on craint (Dominique Strauss-Kahn au FMI), ou que l’on estime... Luc Guyau donc. En juin 2009 également, le président en exercice de la FAO annonce qu’il ne se représentera pas, la campagne pour sa succession est ouverte. Aussitôt, côté français, le nom de Luc Guyau circule, les rencontres se multiplient au ministère de l’Agriculture, mais également au Quai d’Orsay. « Les diplomates des Affaires étrangères ont réalisé un travail remarquable autour de ma candidature », dira le principal intéressé une fois son élection acquise. Et pour cause, les 191 ambassadeurs des pays siégeant (et votant) à la FAO ont participé à l’action de lobbying… Sans oublier les séances poussées de média training qu’il devra subir, « y compris en anglais ».


L’ombre d’un doute


Pour autant, à chaque étape franchie, un doute quant à ses convictions profondes est émis. Une fois à l’APCA, il est accusé (plus ou moins officiellement) par la FNSEA d’avoir oublié la défense des paysans dans un discours global davantage en faveur des chambres d’Agriculture (et donc des structures) que des agriculteurs eux-mêmes. Et une question du même ordre se pose aujourd’hui avec la FAO (lire l’encadré ci-dessus). Luc Guyau suscite donc un mélange d’admiration devant un parcours sans cesse ascensionnel, mais aussi de crainte d’un certain arrivisme. Comme si lui-même s’accrochait à une ascension qu’il n’avait jamais espérée. Du coup, la tentation semble dépasser la foi. D’ailleurs, s’il doit laisser la présidence de l’APCA, il s’accroche à son casse-croûte du CESE, ce qui là encore pourrait indiquer que l’investissement pour la cause de la FAO ne sera pas total.
Luc Guyau doit désormais justifier la pertinence du choix du professionnel agricole là où seuls des ambassadeurs siégeaient. Pour cela, il se doit d’être lui-même, agriculteur vendéen, et non celui qu’il pense devoir être en regard de la fonction.


ANTOINE JEANDEY


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Mis en ligne le 10-12-2009 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°67   
 
 
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