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Marché
MARCHÉS À TERME
Une (Bonne) Piste Pour Sécuriser Vos Revenus
Les prix de vente des céréales et des oléagineux tutoient des sommets : 285 €/T pour le blé, plus de 500 €/T pour le colza. Mais qu’en sera-t-il demain ? Avec quel impact pour votre revenu ? Il existe un moyen de se protéger de ces variations de prix erratiques : les marchés à terme. Démonstration.
Début mars 2008, le blé rendu Rouen s’échangeait à 284 €/T, soit pratiquement son niveau d’août 2007 mais 40% de plus qu’à la mi-novembre et 15% de plus qu’en février 2008. Qu’en sera-t-il dans six mois ? Faut-il s’assurer contre ce risque sur les « prix » comme on s’assure contre beaucoup d’autres choses aujourd’hui ? Dès qu’il a semé, un exploitant agricole a pris un risque qui va s’accentuer au fur et à mesure qu’il va engager des dépenses supplémentaires, jusqu’au jour de la récolte ou de la vente effective de sa production. Or, ce risque « prix » n’a aujourd’hui rien à voir avec ce qu’on connaissait autrefois. Depuis plusieurs années, les courbes des prix évoquent plutôt celles des Alpes avec des creux douloureux et dangereux pour l’équilibre des exploitations et des périodes plus fastes comme aujourd’hui. Ces amplitudes sont non seulement fortes mais elles peuvent être brutales, les variations peuvent atteindre 50% voire 100% en quelques mois pour le prix des céréales et oléagineux !
Pour les producteurs français touchés par la réforme de la PAC de 1992 et l’Agenda 2000, cette volatilité des cours a un impact évident sur les revenus. Et rien ne laisse penser que les choses changeront demain.
Savoir produire... et vendre
Un nombre croissant d’agriculteurs ont, du coup, pris conscience qu’il faut savoir bien vendre, mieux maîtriser qu’hier la commercialisation de sa production. Une démarche qui conduit nécessairement à s’interroger sur l’opportunité d’aller sur les marchés à terme très actifs sur les grands produits : blé, maïs et colza.
« Jusqu’à l’année dernière, la volatilité des cours était encore maîtrisable… Quand un marché variait de 50 euros la tonne sur une seule et même campagne, c’était déjà une amplitude remarquable. Aujourd’hui, le marché bat chaque jour des records. Résultat, jamais le risque n’a été aussi grand et jamais anticiper sur les cours n’a été aussi délicat. Ce qui justifie non seulement de s’intéresser au marché à terme (MAT) mais aussi et surtout d’investir dans des options. Même si leur prix a grimpé (aujourd’hui, il atteint 20 à 30 euros voire plus pour une tonne), elles peuvent être pleinement rentabilisées. A contrario, le fait de s’en passer peut coûter très cher » avance Emmanuel Lavier, agriculteur en Côte d’Or .
Mathieu Canon, 30 ans, qui gère depuis 8 ans une exploitation de polyculture élevage (158 ha) dans l’Aisne, fait la même expérience : « Il y a quelques années, j’ai commencé à vendre au prix ferme une partie de ma récolte. C’est à partir de là que j’ai commencé à m’intéresser au MAT. Jusqu’ici, je déléguais 100 % de la commercialisation à ma coopérative, mais dès lors, j’ai ressenti le besoin de prendre mes responsabilités face à la volatilité des marchés… J’utilise régulièrement les outils du marché pour sécuriser et optimiser mes revenus. Je considère qu’aujourd’hui, la décision de produire ne peut plus être indépendante de la capacité de vendre, il faut savoir où l’on va dans un marché mondialisé, de plus en plus versatile… » .
Selon Renaud de Kerpoisson, président d’ODA (Offre et Demande Agricole), société spécialisée dans la gestion du risque « prix », environ 2 000 agriculteurs utilisent directement les marchés à terme, chiffre qui monte à 10 000 si l’on inclut ceux qui l’utilisent indirectement, via leurs coopératives. Beaucoup ont pris auparavant le soin de bien s’y préparer grâce aux formations et informations des marchés proposées par des organismes comme ODA ou le réseau Capmarchés lié à une douzaine de chambres d’agriculture.
Marché à terme et marché physique
Le MAT, faut-il le rappeler, ne vise pas l’échange de produits physiques et ne remplace donc pas l’écoulement de la production via les organismes collecteurs. C’est une place de marché électronique où interviennent des professionnels et des spéculateurs comme il en existe sur tous les marchés et bourses de la planète.
Tous achètent et vendent des « contrats à terme» c’est à dire que les deux parties s’engagent sur la vente ou l’achat d’une marchandise, à une date prédéterminée et à un prix fixé à l’avance. Ce faisant, le risque «prix » est transféré du vendeur à l’acheteur. Tous les contrats à terme traités sur des marchés organisés sont standardisés en termes de dates de livraison, de montant du produit « sous-jacent » qu’ils représentent (les « lots » sont fi xés à 50 tonnes pour les blé, le maïs ou le colza) et de stipulations contractuelles. Il s’agit aussi de contrats avec une durée de vie limitée .
L’agriculteur qui s’est couvert par un « contrat de vente à terme » a ainsi garanti son prix mais a, en revanche, renoncé à bénéfi cier d’une hausse des prix. Le marché à terme lui en offre cependant la possibilité grâce à deux autres instruments de marché de la famille : les « options » d’achat (le « call ») ou les options de vente « Le put ». Celles-ci agissent comme des polices d’assurance : moyennant un coût payé à l’achat, l’agriculteur se prémunit de la baisse des cours mais continue de profi ter d’une éventuelle hausse car, contrairement à un contrat de vente, il ne lève son option que si les cours ont évolué dans le sens positif pour lui.
Les agriculteurs habitués à intervenir sur le MAT utilisent à fond les options qui leur permettent de profiter des mouvements de hausse, tout en les garantissant contre une baisse.
Emilie Gilmer et Jean-Léon Vandoorne
Mis en ligne le 12-03-2008 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°48 |
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