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Cultures
FERTILISATION

L’Agriculture De Précision Retrouve Ses Racines


Et si la modulation intra-parcellaire partait d’une bonne vieille analyse de sol ? Le retour d’une idée aussi simple qu’à contre-courant...


Souvent présentée comme le nec plus ultra du raisonnement, la modulation intra-parcellaire fait en général intervenir une batterie d’images satellite, de calculateurs, d’analystes, de GPS… pour ne finalement toucher terre qu’au moment de l’intervention de l’agriculteur. Pour un agronome de la vieille école, partir de la carte pour établir la préconisation a de quoi surprendre. C’est pourtant sur ce modèle que l’agriculture de précision s’est bâtie et se diffuse en France. Et si les résultats sont à la hauteur de la débauche technologique, le mariage de l’analyse de sols et de la modulation intraparcellaire est une piste qui mérite d’être prise en considération. Cette approche terre à terre de l’aide à la décision, un agriculteur la résume quelques mots : « Peuton extrapoler ses pratiques à partir d’une carte de rendement, ou doit-on l’utiliser pour valider ce que l’on a fait ? » C’est d’une interrogation assez similaire qu’est partie la société Agro-Conseil en 2000. Cette société indépendante basée dans l’Aisne et fondée en 1980 dispense ses conseils à 5000 agriculteurs situés au nord d’une ligne allant des pays de la Loire à la Lorraine. En 2000, l’un des agriculteurs suivis par la société a signé un CTE pour mettre en place l’agriculture de précision sur son exploitation. « Notre coeur de métier était déjà le conseil pour la modulation intra parcellaire (basé sur un maillage de 3.5ha pour la fumure de fond et 8ha maximum pour la fumure azotée), mais à l’époque, pour prétendre faire de « l’agriculture de précision », nous ne savions pas s’il fallait réduire ce maillage, se souvient Julie Coulerot, directrice de la société. Nous avons fait le choix de ne pas partir d’une carte de rendement. Pour nous, elle n’est que le résultat, et elle est issue de la conjonction de très nombreux paramètres. On ne peut l’utiliser si l’on ne maîtrise pas chacun de ces paramètres. »


Fondamentale, l’analyse de sols


C’est donc sur la technique « historique » de l’analyse de sols que le conseil s’est bâti avec un maillage de 8 ha maximum pour l’azote et de 3,5 ha pour la fumure de fond. Plus concrètement, pour une parcelle de 24 ha ; l’agriculteur recevra 3 conseils, et parfois un de plus si la parcelle présente une petite zone hétérogène. Le conseil pour la fertilisation azotée repose sur la méthode « index N », mise au point par le service pédologique de Belgique en 1977. Son principe est pour le moins éprouvé, mais s’enrichit avec le temps. La première étape est donc une analyse de sols réalisée par un conseiller. Elle est suivie d’un renseignement de la parcelle, là aussi par un technicien sur la base des informations de l’agriculteur. L’échantillon part ensuite en direction du service pédologique de Belgique pour analyse. L’objectif étant de chiffrer le PH, le KCI, la matière organique, l’azote nitrique et l’azote ammoniacal, de croiser le tout avec le type de sol, l’horizon et de pondérer les paramètres en fonction de leurs impacts sur la minéralisation de l’azote. Le tout passe ensuite entre les mains d’un « système expert » ; littéralement un ensemble de logiciels capables de fournir un conseil et une aide tout en mémorisant les connaissances, en établissant des liens entre elles pour induire des causes à partir des faits. « Le système se nourrit des informations que nous remontons et s’affine au fur et à mesure », assure Julie Coulerot. Ce n’est qu’à ce moment qu’intervient le conseil déterminant la dose d’azote à apporter et le fractionnement en tenant compte de l’azote minéralisable, de la variété, de la destination et la qualité recherchée de la culture, de la météo du département et du meilleur rendement agro-économique.


Des conseils différents


Au bout de la chaîne, c’est donc l’agriculteur qui se trouve face à la prise de décision. Et les préconisations divergent souvent entre les modèles et les différentes approches des besoins des plantes. Et si le laboratoire se défend de faire dans la réduction systématique des intrants, c’est l’exemple qu’il choisit de mettre en avant : « Dans le cas d’un agriculteur de la Marne pour un blé de colza, nous avions préconisé de fractionner un apport total de 180 unités en comptant les régulateurs. Sur la même parcelle, un autre laboratoire recommandait 280 unités laissant à l’exploitant le soin de déterminer le fractionnement. L’agriculteur a donc coupé sa parcelle en deux et comparé les résultats. Au final, il a enregistré un rendement de 87q/ha sur les deux parcelles, mais économisé 100 unités d’azote dans le premier cas », assure Julie Coulerot. Pour être complets, il faudrait néanmoins se pencher sur la qualité du blé. Second cas cité pour un blé de colza, une préconnisation de 127U pour Agro Conseil et de 205U pour un autre laboratoire. Au final, les rendements ont été identiques, mais les reliquats n’étaient que de 38 unités d’un côté, contre 64 de l’autre. Deux exemples qui soulignent au moins l’intérêt de confronter plusieurs approches avant de prendre une décision.


Attention aux fausses économies


La qualité du prélèvement est donc vraiment fondamentale. Il est nécessaire de le faire réaliser par des professionnels. Comme le notaient Pierre Rannou et Cécile Goupille du laboratoire Agrilabo à l’occasion des journées de la fertilisation 2007 : « Si un bon prélèvement a un coût, un mauvais prélèvement aussi(…). Prélever un échantillon de terre pour une analyse agronomique est un métier. Parcourir l’ensemble de la parcelle et réaliser 15 prélèvements élémentaires est incontournable. Cumulé avec le choix d’une tarière adaptée l’échantillon sera intégralement transmis au laboratoire. Toute division d’échantillon est consommatrice de temps tout en étant une source d’erreur supplémentaire. Si un échantillonnage de qualité représente un coût certain il ne sera jamais très différent d’un « mauvais » prélèvement qui au final coûtera encore trop cher. Réaliser un bon prélèvement pour une bonne analyse permet à chacun de sortir gagnant à commencer par l’agriculteur qui paiera la facture. »


Le logiciel est déjà répandu


Faire de la modulation intraparcellaire sur la base de prélèvements implique donc de multiplier les prélèvements et les analyses, mais repose sur des principes on ne peut plus éprouvés. Pour aller au bout de la démarche, Agro-Conseil a passé un partenariat avec Isagri pour permettre à l’agriculteur d’exploiter les conseils dans Agri-Map et Agri-Plaine, tout en le laissant libre de faire appel à d’autres services en complément. Dans le logiciel, la première phase est la caractérisation des zones hétérogènes de la parcelle : fonds, buttes… Il faut ensuite créer les objets, qui ne sont autres que la couche sur la carte contenant les recommandations pour la fumure de fond ou la fertilisation azotée. Pour la fumure, le conseil couvre toujours trois cultures. Pour l’azote, la société procède à un premier envoi au déclenchement du premier traitement ; puis à un autre envoi pour le second et le troisième apport. « Nous notons souvent des divergences avec les autres outils d’aide à la fertilisation. Notre objectif est d’utiliser au maximum la production naturelle de nitrates du sol. Nous avons un système expert qui nous permet de connaître assez précisément la quantité d’azote minéralisée chaque année et de calculer la quantité d’azote qui sera exploitable par la plante. Et si, une fois devant sa carte de rendement, l’agriculteur note une anomalie un dialogue s’instaure pour essayer de comprendre s’il s’agit d’un problème physique ou chimique. On a une action, on mesure ses effets et on corrige. »


L’équipement est classique


Quant à l’équipement, il est on ne plus classique pour quiconque veut s’essayer à la modulation intra parcellaire. Le premier niveau d’équipement est bien entendu l’achat d’un ordinateur pour réceptionner les cartes et assurer le suivi des données. Si l’exploitant investit dans un pocket PC, seconde étape d’équipement, il peut y transférer les cartes et les emporter sur son tracteur pour une modulation manuelle. À moins qu’il ne possède un GPS et la modulation automatique ; troisième niveau d’équipement. Quant au coût du conseil, il est supérieur au coût d’un suivi basé sur l’image satellite, mais nous n’en saurons pas plus. Quoi qu’il en soit, en ces temps où les décisions politiques comme le plan Ecophyto poussent à « revenir à l’agronomie », il est intéressant de voir l’un de ses piliers, l’analyse de sols, se marier à la cartographie numérique pour apporter une autre approche du raisonnement.


BENJAMIN MASSON





Mis en ligne le 05-02-2009 - Paru dans Le M.A.G. Cultures N°57   
 
 
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© C.MAITRE/INRA


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Multiplier les analyses de sol pour faire de la modulation intraparcellaire... Simple et effi cace !



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LES TECHNOLOGIES DE DÉTECTION

Farmstar, référence dans le pilotage de la fertilisation par imagerie satellite est adopté par 8000 agriculteurs en France. Selon ses promoteurs, les abonnés réalisent une économie moyenne de 10 kg d’azote par hectare sur blé et 20 kg sur colza. Autre approche, elle aussi à la pointe, le N-Sensor, qui analyse en permanence chlorophylle et biomasse au passage du tracteur et détermine la quantité de fertilisant nécessaire au moment d’épandre.



 
Paroles d’agriculteur

Eric Vercruysse,
Somme-Bionne, Marne
80 ha
Productions : luzerne, céréales et colza, élevage de lapins
Certifié agriculture raisonnée


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« Je travaille avec Agro conseil depuis huit ans. Au départ, j’avais un appareil d’épandage mécanique. J’ai décidé d’apporter la bonne dose au bon endroit, et j’ai donc investi dans un nouvel épandeur et un GPS il y a un an pour ajuster la fumure de fond. Pour l’azote, nous faisons le bilan, mais à la parcelle. J’apporte la dose conseillée, mais sans modulation intra-parcellaire. Mes parcelles sont relativement petites et homogènes, cela ne serait pas intéressant d’un point de vue économique. Concrètement, une campagne d’analyses est menée pour trois années. Nous commençons avec une analyse des zones de terres et un relevé GPS. Une analyse par zone de terre. Ils envoient les échantillons, je reçois les cartes, je vérifie et je rectifie quelques points. Ensuite, il ne me reste qu’à synchroniser avec mon pocket PC et le réglage se fait automatiquement dans le champ. Cela me permet de maintenir le rendement de mes parcelles tout en respectant l’environnement, mais cela demande encore de bonnes connaissances en informatique. »

   
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